Global Drug Survey 2016

L’action Nuit Blanche? est a nouveau partenaire en 2016 du Global Drug Survey, l’enquête mondiale sur la consommation de substances, menée online chaque année au mois de décembre.

Nourrie de l’expérience et de l’expertise des consommateurs, le Global Drug Survey représente une précieuse source d’information sur les tendances de consommation en milieu festif et une plus-value considérable pour la réflexion et l’orientation de l’offre de réduction des risques. Vous étiez 100’000 dans le monde a y avoir participé en 2015, notre objectif est d’atteindre une participation au moins aussi importante en 2016.

L’enquête est en ligne ici jusqu’au 31 décembre 2015, merci de prendre quelques minutes pour y répondre!

Alerte aux pilules mortelles dans le milieu des fêtards

Plusieurs drogues très dangereuses s’échangent actuellement en Suisse. Une association lance un appel à la vigilance avant la Lake Parade.

On les appelle Chill Pill, Arc-en-ciel, Super Mario, ou encore Thumbs Up . Les noms de ces psychotropes, interdits, sont une invitation à la détente ou à la fête. Pourtant, les deux premiers sont reliés à plusieurs décès survenus dernièrement en Europe. Les deux autres ont des effets totalement inconnus sur la santé. Ces drogues de synthèse, deux ersatz de LSD et deux substituts d’ecstasy, ont été repérées à Zurich entre fin mai et fin juin, lors de séances de drug checking (voir encadré). Elles font l’objet d’une alerte émise par l’association Nuit Blanche?, qui encadre et sensibilise les fêtards dans leur consommation d’alcool ou de stupéfiants. Inquiétant, à deux jours de la Lake Parade.

«Nous ne voulons pas crier au loup, mais nous restons extrêmement vigilants, indique la coordinatrice, Roxane Morger. Nous n’avons pas rencontré ces produits en Suisse romande pour le moment, mais s’ils ont été observés à Zurich, il est très probable qu’ils soient présents à Genève ou à Lausanne.» Pendant la manifestation, qui a attiré 200’000 fans d’electro l’an passé, Nuit Blanche? proposera aux consommateurs de comparer les substances qu’ils souhaitent absorber avec une base de données. Ils pourront également se reposer et boire gratuitement eau et jus de fruits dans un espace spécialement aménagé.

La police, elle, sera sur le qui-vive. Les recherches de drogue ne seront pas systématiques, mais les flagrants délits seront punis.

Tester la qualité des produits

Depuis 2001, les fêtards zurichois ont accès à un laboratoire mobile qui analyse la qualité de la substance qu’ils s’apprêtent à prendre. «Le Drug Checking permet de déterminer le principe actif présent dans un produit, ainsi que sa concentration. Ça permet, en lançant des alertes, de prévenir les surdoses et tout autre danger mortel», explique Roxane Morger. C’est aussi un moyen pour les associations de prévention d’entrer en contact avec des consommateurs. A Genève, une demande pour instaurer pareil dispositif avait été rejetée par le procureur général en 2006. Nuit Blanche? planche sur une nouvelle demande auprès des autorités.

Source : 20 minutes, 9 juillet 2014 (tpi)

Nuit Blanche? à la Lake Parade 2014 !

Nuit Blanche?, action de réduction des risques liés à la consommation de substances psychoactives en milieu festif, sera une nouvelle fois présente à la Lake Parade avec un espace Chill out/bar à eau sur l’esplanade derrière Baby plage et un stand d’information près de Ciné-lac.

N’oubliez pas de faire une pause de temps en temps ! Venez vous hydrater et discuter avec nos équipes qui se feront un plaisir de répondre à vos questions sur la consommation de substances et de vous mettre à disposition gratuitement des boules quies, des préservatifs et différents flyers d’information.

Nous vous rappelons que toute consommation de substances – y compris la consommation d’alcool – comporte des risques ! Si vous choisissez de consommer, nous vous invitons à suivre les quelques conseils suivants :

  • Privilégiez les transports publics, vous pouvez consultez les horaires des Noctambus sur www.noctambus.ch.
  • Faites attention à votre entourage, ne laissez pas seul un ami qui ne va pas bien ou qui a trop bu.
  • Si vous avez décidé de consommer des substances illégales, renseignez vous sur leur composition et consultez les dernières alertes substances en circulation sur notre site www.nuit-blanche.ch.
  • Renoncez aux mélanges (alcool compris !)
  • Faites des pauses pendant votre soirée et pensez à boire beaucoup d’eau (0.5 litre par heure) !
  • Évitez les tongs et privilégiez les chaussures fermées ! Attention aux débris de verre qui pourraient vous blesser.
  • Au moindre souci, n’hésitez pas à demander de l’aide ou à appeler le 144 !

Pour plus d’informations rendez-vous sur notre site : www.nuit-blanche.ch

Swinging Caravelle – Soirée Electro Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque l’esthétique et les rythmes jazz des années folles rencontrent la musique électronique, ça donne l’électro swing ! Un mélange explosif de beats électro, de hip hop, de house et de swing qui fait de plus en plus d’adeptes sur les scènes festives du monde entier.

Le temps d’une nuit, le Bateau Genève met les voiles pour une croisière festive où se mêlera l’univers fougueux et débridé du cabaret au glamour chic des années 30.

A vos plumes, brettelles, porte-cigarettes et autres chapeaux haut-de-forme. Nuit Blanche? et Head fun vous invitent pour une soirée déguisée qui vous fera swinguer comme jamais aux côtés d’INCONTROL, fondateur du site de référence electro-swing.com, dont les DJ mixs ont posé les bases du style électro Swing. MIRK OH sera également de la partie pour faire tanguer la piste grâce à son style éclectique teinté d’influences balkaniques, sans oublier DOO GOOD et ses mixs groovy qui combinent le swing avec des rythmes funk, bassmusic et house.

Alors, en bateau ! Ça va faire des vagues à bord du SWINGING CARAVELLE !

Avec:

INCONTROL (electroswing.com/Lyon FR) DJ Set
www.incontrol.fr
www.soundcloud.com/incontrol

MIRK OH (electroswing.com /Zurich CH) DJ Set
www.electroswingclub.com/team/21-mirk-oh.html
www.soundcloud.com/mirk-oh

DOO GOOD (Lausanne CH) DJ Set
www.soundcloud.com/doogood

Infos pratiques:

Bateau Genève
1, Quai Gustave-Ador – 1201 Genève
22h – 3h
Prix d’entrée: 12.-

La cocaïne diminue le plaisir des interactions sociales

Manque d’empathie, désintérêt pour autrui, les troubles de la sociabilité sont fréquents chez les cocaïnomanes. Une étude suisse montre que l’usage régulier de drogue perturbe le fonctionnement de certains groupes de neurones.

De la dépression à la paranoïa, les effets psychiques de la cocaïne sont nombreux. Sans présenter des troubles aussi sévères, nombre de consommateurs réguliers démontrent des perturbations comportementales, surtout dans le cadre de leurs interactions sociales. En plus des conséquences sur leurs relations, ce déficit relationnel peut aussi nuire à l’efficacité des thérapies cognitives. Dans une étude publiée lundi dans la revue PNAS, des chercheurs zurichois montrent à quel point interagir avec autrui procure moins de plaisir aux cocaïnomanes qu’aux non-consommateurs.

«C’est au fil de discussions avec nos collègues addictologues que nous avons décidé de lancer cette étude, dit Katrin Preller, psychologue à l’Université de Zurich et auteure de l’étude. Ils relevaient souvent, à propos des patients cocaïnomanes, un manque d’intérêt plus ou moins marqué pour les relations sociales.» Une indifférence, parfois un manque d’empathie, remarqués aussi par les proches de personnes dépendantes, et qui peuvent représenter un fardeau supplémentaire pour les familles.

«Toutes les addictions se caractérisent par une diminution progressive de l’intérêt pour ce qui se passe autour de soi, et finalement pour autrui, souligne Daniele Zullino, chef du Service d’addictologie aux Hôpitaux universitaires de Genève. Mais la cocaïne est connue pour avoir des effets très sévères sur la sociabilité.» Ce phénomène d’isolement se retrouve même chez les rats de laboratoire mis en présence de cocaïne. «Petit à petit, alors que normalement ces rongeurs jouent et passent leurs journées les uns avec les autres, ils ne vont plus se préoccuper que de trouver de la drogue.»

Pour expliquer ces troubles du comportement, l’équipe emmenée par Boris Quednow a proposé à 80 consommateurs réguliers de cocaïne de se prêter à des tests comportementaux sur ordinateurs. Elle a ensuite comparé leurs réponses à celles de 63 volontaires non consommateurs.

Habituellement, partager une tâche procure plus de plaisir que de s’y consacrer seul. Au cours de l’expérience, les sujets devaient réaliser un exercice dit «d’attention partagée». Les paramètres recueillis montrent que chez les cocaïnomanes, le partage n’est pas plus valorisé que la réalisation de la tâche de manière individuelle. «Chez ces personnes tout semble se passer comme si l’interaction ne procurait pas de plaisir», résume Katrin Preller.

Le sentiment de bien-être que procure l’interaction avec une personne ou un groupe, en agissant comme une «récompense», renforce et favorise les comportements sociaux. La cocaïne, en annihilant ce plaisir, rendrait les interactions inutiles. «La motivation pour aller vers l’autre disparaît puisqu’elle ne provoque rien de plus que ce que l’on a déjà seul», dit Katrin Preller.

Ces différences comportementales pourraient être liées, en partie du moins, à une différence de fonctionnalité entre le cerveau des cocaïnomanes et celui des volontaires. En utilisant l’IRM fonctionnelle, les chercheurs ont pu observer chez 16 personnes de chacune des deux catégories comment le cerveau traitait les informations lors de la réalisation des tâches d’attention partagée. Leurs résultats montrent que certains circuits neuronaux du cortex médian orbito-frontal sont bien moins activés chez les consommateurs de cocaïne. Or cette région du cerveau, située derrière le front, est connue pour jouer un rôle majeur dans les processus cognitifs. «En situation d’interaction sociale, les ­cocaïnomanes présentent une sous-activation des microcircuits neuronaux liés à la récompense, ce qui explique qu’ils n’en retirent pas un sentiment particulier de bien-être», dit Katrin Preller.

Une étude publiée récemment dans la revue JAMA Psychiatry a aussi mis en évidence un effet néfaste de la cocaïne sur le fonctionnement de neurones impliqués dans le contrôle des émotions, la conscience de soi et des autres. Par ailleurs, la quantité de matière grise dans cette région du cortex était moindre chez les consommateurs de drogue. «Ces études appuient expérimentalement ce que nous observons dans le comportement des patients, et surtout elles soulignent l’importance d’intégrer dans les prises en charge des approches qui aident les patients à réapprendre la sociabilité», conclut Daniele Zullino.

21 janvier 2014
Le Temps – Stéphany Gardier

La problématique des nouveaux produits de synthèse (NPS)

SWAPS n° 72 – Pistes – 28 pages – 3ème trimestre 2013

Pourquoi revenir dans cette 72e livraison de Swaps sur la problématique des nouveaux produits de synthèse (NPS), déjà objet d’un numéro culte de Swaps (n° 67) consacré à la partie la plus émergée du problème et sans doute la plus hypertrophiée, le SLAM? Au point même d’y consacrer l’essentiel de ce numéro, si l’on exclut le copieux compte rendu par Olivier Doubre de la 23e conférence internationale sur la réduction des risques, sise en la capitale lituanienne et nos pages d’actualités scientifiques.

D’abord, parce que le phénomène des NPS pose des questions essentielles que nous avons tenté, avec l’aide de Magali Martinez et Vincent Benso, de mettre en perspective. Bien au-delà des effets de mode ou d’émergence. Pour certaines, ces questions sont ancestrales, à l’instar des liaisons dangereuses qu’entretiennent drogues et chimie industrielle dont Alexandre Marchant nous retrace le fil historique. Avec ce vieil adage cher aux dealers de LSD puis à d’autres par la suite : si cela vient de l’industrie pharmaceutique, a fortiori suisse, cela ne peut être qu’un «bon produit». «En Suisse, on n’attrape jamais de maladie, seulement des médicaments» disait Coluche.

Ensuite, parce que l’ère des NPS soulève la question de l’observation des pratiques de consommation et des produits. Le développement sur le Net et les réseaux sociaux d’une offre multiforme et sans cesse en adaptation aux lois censées les interdire met à mal les outils actuels de mesure. C’est devant un tel constat qu’est né le projet I-Trend, outils intégrés pour la recherche en Europe sur les nouvelles drogues, coordonné par l’OFDT. Dans le sillage se pose aussi la question de la congruence entre l’interdiction opposée assez illusoirement à l’offre de telle ou telle NPS sur le Net et l’objectif qui est d’en limiter la diffusion. Et les témoignages de Vincent Benso attestent combien la facilité de diffusion et de commande —sans tiers— sur la toile, associée à des publicités habillées (engrais, nourritures animales, sels de bain, etc.) rend illusoire tout contrôle.

C’est précisément de cette complexité-là dont rend compte ce nouveau numéro de Swaps. Avec sans doute l’idée, en filigrane, d’une cyber réduction des risques qui reste à construire.

> Télécharger le SWAPS – N°72 (fichier PDF, 304 Ko)

Drogues de synthèse en libre accès

 

Vendus sur le Net, échappant parfois à la législation et responsables d’effets imprévisibles, les stupéfiants synthétiques inquiètent. La consommation reste limitée, mais le nombre de molécules sur le marché suisse est en augmentation.

«Sels de bain», «mélanges d’épices» et autres «désodorisants» seraient en train d’envahir le marché. Une situation qui inquiète médecins et autorités douanières. Car ce ne sont pas de simples produits de supermarché dont il est question, mais bien de stupéfiants, les «nouvelles drogues de synthèse». L’administration fédérale a révélé il y a quelques jours avoir réalisé en 2011 une saisie de 150 kg de ces produits. Depuis, le problème ne cesse de croître, et des nouvelles molécules ont débarqué sur le marché par dizaines. Ecstasy, cocaïne et cannabis seraient-ils en passe d’être remplacés par ces nouvelles drogues dont la composition chimique évolue sans cesse, leur permettant de souvent passer au travers des mailles du filet législatif?

Une étude menée en 2011 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) avait permis de recenser, rien que sur le Web francophone, une trentaine de sites vendant des psycho¬stimulants de synthèse. Les sites en langue anglaise démultiplient encore les sources d’approvisionnement.

Aujourd’hui, une rapide expérience montre qu’il suffit de taper 4-MEC ou 4-methylmethcathinone dans un moteur de recherche et de cliquer sur le premier résultat pour arriver sur un site qui ressemble très fortement au portail de vente des grands groupes de produits chimiques. Le 4-MEC apparaît sous la dénomination «research chemicals», ce qui porte à croire que c’est un produit destiné à l’industrie ou aux laboratoires de recherche. Or le 4-MEC est une des drogues les plus dangereuses actuellement sur le marché. Elle a notamment fait parler d’elle en juillet 2012, quand un homme sous l’emprise de cette drogue avait dévoré le visage d’un sans-abri aux Etats-Unis.

Et c’est là tout le paradoxe de ces molécules. Alors que leurs effets peuvent être bien plus puissants que ceux des drogues «classiques», s’en procurer est un jeu d’enfant. Le comble étant que l’achat peut selon les cas se faire en toute légalité! Une faille à laquelle sont confrontés tous les pays. «Le phénomène des drogues de synthèse n’a pris de l’ampleur en Europe que récemment, souligne Stefanie Widmer, porte-parole de l’Administration fédérale des douanes (AFD). De fait, jusqu’à il y a peu, les stupéfiants synthétiques n’étaient pas explicitement interdits dans la législation suisse.» Le problème a été depuis pris en compte et la loi sur les stupéfiants révisée. En décembre 2011, 52 substances et 7 dérivés ont été soumis à la loi sur les stupéfiants. Fin 2012, 46 nouvelles substances, apparues en cours d’année, ont été ajoutées.

Pour garder un temps d’avance sur les autorités, les chimistes qui produisent ces drogues synthétiques modulent en permanence leur composition. Si la structure chimique ne correspond pas exactement à une drogue recensée par la loi, le produit est de fait légal. Selon l’OFDT, depuis 2010, une nouvelle substance serait identifiée par mois. Une situation qui a amené certains pays à prendre les devants en inscrivant dans la loi toute nouvelle substance ainsi que tous les produits qui pourraient en être dérivés.

Le Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité relève qu’aux Etats-Unis ces stupéfiants «légaux» sont à l’origine de plus de décès que l’héroïne et la cocaïne. La situation reste pour le moment moins alarmante en Suisse et en Europe. Les intoxications liées directement aux drogues de synthèse seraient peu nombreuses selon l’OFDT. Le dernier rapport de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) sur le monitorage des addictions en Suisse ne note pas de modification majeure des stupéfiants consommés. Après le cannabis, c’est la cocaïne qui reste la drogue la plus consommée, avec une légère augmentation par rapport à l’année précédente.

Une situation confirmée par les services médicaux en charge des personnes dépendantes. «Nous n’avons pas observé de recrudescence de cas d’intoxication ou de dépendance aux drogues de synthèse, confirme Barbara Broers, médecin responsable de l’Unité des dépendances des Hôpitaux universitaires genevois. Mais il ne faut pour autant pas sous-estimer le problème, car ces stupéfiants sont souvent vus comme récréatifs, et peuvent donner envie «d’essayer pour voir». Or on ne sait absolument pas ce qu’il y a dedans!»

Censées mimer les effets de la cocaïne, du cannabis, du khat ou des amphétamines, ces drogues de synthèse s’apparentent dans les faits à de véritables billets de loterie. «C’est à se demander si les fabricants eux-mêmes savent ce qu’ils mettent dedans. C’est de l’expérimentation humaine, prévient Barbara Broers. Et, surtout, les molécules synthétiques sont bien plus puissantes que leurs analogues naturels.» Le cas du 4-MEC, qui contient des cathinones, la molécule active du khat, est un bon exemple. «Sans vouloir minimiser l’effet de cette drogue, il faut rappeler que la consommation de khat est à l’origine en Afrique une pratique culturelle. Il y a des effets stimulants certes, mais c’est comme comparer le fait de mâcher des feuilles de coca et sniffer des rails de cocaïne!» Le cas est similaire pour les cannabinoïdes synthétiques. Les molécules se lient aux mêmes récepteurs que la substance présente dans le cannabis naturel (THC) mais avec une affinité pouvant être 200 fois supérieure.

«Les psychostimulants synthétiques sont pour la plupart des dérivés des amphétamines, de l’ecstasy ou de la cocaïne, relève Christian Lüscher, professeur en neurobiologie à l’Université de Genève. Ils agissent sur les mêmes structures cérébrales et perturbent le recyclage de la dopamine.» Après avoir été libérée, cette substance est habituellement recaptée par les neurones. Bloquer ce recyclage permet à la dopamine de rester active plus longtemps, ce qui provoque les effets psychostimulants recherchés. Mais c’est aussi le processus responsable du caractère addictif de ces produits. «Si on connaît le mécanisme d’action de ces drogues synthétiques, on ne sait rien de la rapidité et de l’intensité de leurs effets, c’est en cela qu’elles sont redoutables», conclut Christian Lüscher.

06.12.2013
Le Temps – Par Stéphany Gardier

L’alcool: drogue festive numéro un indétrônable

Cinq questions à Alexander Bücheli

Alexander Bücheli est le responsable suppléant du service de consultation à la jeunesse Streetwork. Au nom du réseau national de compétences «Safer Nightlife Schweiz» il répond aux questions sur la prévention des dépendances dans les clubs et le milieu festif suisses.

Quels sont les principaux changements intervenus dans la vie nocturne ces dix dernières années ?

La vie nocturne est de plus en plus importante. De véritables quartiers dédiés aux soirées sont apparus dans les villes. Le comportement a changé aussi. La plupart du temps, les noctambules commencent la soirée au restaurant ou dans un bar avant d’aller en boîte ou à une fête. C’est-à-dire que la fête démarre plus tard et se prolonge jusqu’à l’aube. Ceux qui n’ont pas les moyens d’aller au restaurant ou dans un bar se retrouvent dans la rue dans les quartiers de vie nocturne. Pour les jeunes, faire la fête est aujourd’hui la principale activité de loisirs collectifs.

Quelles sont les conséquences de ces nouvelles habitudes sur la consommation de drogues ?

L’alcool est et reste la drogue festive numéro un. La consommation d’alcool est plus visible du fait que les jeunes fêtards se tiennent davantage dans l’espace public avant d’aller en boite. Par ailleurs, l’allongement de la durée des soirées a entraîné une augmentation de la consommation d’alcool et des substances qui maintiennent éveillé. En revanche, le nombre de consommateurs et celui des différentes substances consommées sont restés stables. Depuis des années, le cannabis, l’ecstasy, les amphétamines comme le speed et la cocaïne sont les substances les plus consommées. Les différences varient en fonction des tendances du moment. Par exemple, très prisée ces dernières années, la cocaïne est désormais remplacée par l’ecstasy et les amphétamines. Ce sont surtout des substances bien connues qui sont consommées. Les nouvelles substances psychoactives, les «drogues d’Internet» ne le sont que par une minorité, souvent en privé, et touchent rarement un cercle de consommateurs plus large.

Comment la prévention est-elle pratiquée dans la vie nocturne, et avec quel objectif ?

Il s’agit généralement de conseil. L’objectif est d’empêcher autant que possible que les jeunes qui font la fête aient à souffrir d’effets durablement négatifs de cette phase festive de leur vie. Il existe des offres comme «Be my angel», un programme de prévention alcool, drogues et sécurité routière basé sur le concept du conducteur sobre qui ramène ses amis à la fin de la soirée. Pour les substances illégales, les objectifs sont la réduction des dommages, la gestion des risques et l’incitation à un processus d’autoréflexion qui doit conduire à une consommation à faible risque ou à l’abstinence. La communication porte sur des faits, des messages de prévention et de réduction des dommages individuels et comporte des mises en garde contre des excipients ou des dosages élevés de substances illégales. La plupart du temps, des stands sont dressés sur place dans les clubs et lors des festivals. Toutes les informations et les conseils existent aussi en ligne sur des sites dédiés à des groupes spécifiques. Les différents projets régionaux travaillent en étroite collaboration. C’est ainsi qu’est né, par exemple, le projet interrégional «Safer Dance Swiss» spécialisé dans la prévention multilingue en milieu festif. En 2011, le réseau de compétences national interdisciplinaire «Safe Nightlife Suisse» a été créé pour soutenir les services spécialisés régionaux dans leurs efforts. De même, le label de qualité «Safer Clubbing» repose sur la coopération entre des clubs, des spécialistes de la prévention et d’autres parties prenantes.

Les effets de la prévention sont-ils sensibles ?

Oui. A Zurich par exemple, les consommateurs sont mieux informés des risques de la consommation de substances qu’il y a encore dix ans. Cela est sans doute imputable au «drug checking» avec consultation que Zurich propose depuis douze ans et qui est très utilisé. De même, la consommation mixte particulièrement problématique a reculé de 20% ces dix dernières années. La combinaison d’information, de conseil individuel et d’analyse de substances répond manifestement aux besoins des personnes qui consomment des drogues principalement dans la vie nocturne. Nous avons constaté que des faits analytiques et scientifiques ont davantage d’effet que les messages de pure prévention. De plus, les résultats des analyses et des données issues des drug checking permettent d’identifier précocement des tendances et de prendre les éventuelles mesures nécessaires.

Comment voyez-vous l’avenir ?

La vie nocturne ne changera pas fondamentalement. L’alcool restera la drogue festive numéro un. Si la Suisse est bien placée en matière de prévention et de réduction des dommages dans la vie nocturne, les efforts doivent désormais porter sur l’extension régionale d’offres de drug checking à bas seuil et sur la mise en place d’un système national de détection précoce des substances.

Spectra N°100 – Septembre 2013 – OFSP

Genève pourrait suivre Zurich sur le «drug testing»

Faire tester ses drogues avant de les consommer, c’est possible à Zurich, mais pas en Suisse romande. Genève pourrait autoriser cette pratique réclamée par les acteurs de la prévention.

Un million de fêtards vont envahir aujourd’hui, les rues de Zurich à l’occasion de la Street Parade. Et comme chaque année depuis douze ans, le projet Saferparty aura son laboratoire mobile où les participants pourront faire tester leur drogue sans risque d’être inquiétés par la police. «L’objectif est d’offrir une structure permettant d’approcher un marché par essence inabordable afin d’essayer d’encadrer et de diminuer les prises de risques», explique Alexandre Bücheli, responsable du projet. L’an passé, quelque 70 personnes avaient eu recours au laboratoire mobile lors de la Street Parade.

À Zurich, tout le monde s’accorde à relever le bilan positif de ce dispositif (lire ci-dessous). Et pourtant, il est loin de faire l’unanimité au sein des cantons. Actuellement, seuls Berne et le Jura font usage de ces petits laboratoires mobiles. Ailleurs en Suisse, c’est le néant, même si des opérations ponctuelles ont lieu ici ou là, sans suite, ces quinze dernières années. Mais Genève pourrait franchir le pas, révélait la RTS en juillet. L’association Première ligne, initiatrice du Quai 9, va déposer cet automne au Parquet genevois un dossier demandant d’autoriser cette pratique lors d’événements festifs comme la Lake Parade. Le projet avait déjà été soumis en 2009 au procureur général Daniel Zappelli qui avait refusé catégoriquement d’entrer en matière. Aujourd’hui, le ton est tout autre. Son successeur, Olivier Jornot, se dit ouvert au dialogue.

«Réduction des risques»

«Le testing de drogue est un outil clé dans l’arsenal de la réduction des risques liés à la consommation de stupéfiants», assure Martine Baudin, directrice de l’association Première ligne qui pilote ce dossier. Échaudée par les précédents échecs essuyés par les milieux romands de la prévention qui réclamaient des laboratoires mobiles, l’association a modifié sa demande. Elle va proposer à Genève une structure de testing «différé», c’est-à-dire l’installation d’un lieu fixe qui permettrait aux usagers de venir faire tester leur drogue en semaine, et non plus uniquement lors d’événements festifs. «Le drug testing en milieu récréatif est souvent mal accepté par les politiciens et l’opinion publique, explique Martine Baudin. Le différé permettrait aussi de dialoguer avec des consommateurs réguliers.»

À Genève, les politiciens concernés n’y voient pas d’opposition de principe. Mauro Poggia (MCG), président de la Commission de la santé au Grand Conseil : «De toute façon, les personnes qui vont faire tester leur drogue ont l’intention de la consommer. Le test n’incite donc pas à la consommation, mais contribue à préserver la santé. Mais en politique, tout est une question de coûts et il faudra débattre pour savoir si ceux-ci pourront être pris en charge par la collectivité.» Quant à Nathalie Fontanet, députée PLR, elle y serait plutôt favorable pour les grands rassemblements festifs comme la Lake Parade ou les Fêtes de Genève, «mais uniquement si le test est accompagné d’un dialogue avec le consommateur et d’une véritable tentative visant à lui faire changer d’avis.»

Son de cloche diamétralement opposé du côté de Lausanne, en guerre contre les dealers. En 2007, les autorités cantonales avaient refusé de donner une base légale au testing de drogue. Pierre-Yves Maillard, chef du département de la santé et de l’action sociale, n’avait pas relayé le dossier au Conseil d’État, estimant qu’il n’obtiendrait pas de majorité et que «le contexte du vote lausannois créerait à n’en pas douter la polémique». Et aujourd’hui ? Le magistrat socialiste doute qu’un tel projet puisse faire consensus. Une position critiquée dans les milieux de la prévention. «Cela fait cinquante ans qu’on fait la guerre aux drogues et elles n’ont jamais été aussi présentes, tempête Jean-Félix Savary, secrétaire général du GREA (groupement romand d’études des addictions). Ce n’est donc pas par ce biais-là qu’on arrivera à combattre ses dangers. En réduisant les problèmes pour les usagers, on va aussi réduire les problèmes pour la société. Et les coûts de la santé vont baisser.»

Le «drug checking», un succès à Zurich depuis douze ans

Depuis 2001, les fêtards de la Street Parade peuvent faire tester leur drogue dans un laboratoire mobile de drug checking. Zurich est la seule ville en Suisse à avoir régularisé et à financer cette pratique. Elle s’est lancée après les résultats concluants d’un premier projet pilote qui avait été mené dans des raves parties à Berne entre 1997 et 1999. À Zurich, l’opération à un nom : action Saferparty.

Le succès est immédiat. De nombreux jeunes viennent s’informer. «Attirer les gens vers un stand avec quelques flyers ne suffit plus, commente Alexandre Bücheli, responsable du projet. Il faut modifier notre façon de faire de la prévention pour rester efficace.» Lorsque les consommateurs se présentent au stand, ils doivent d’abord remplir un questionnaire anonyme sur leurs pratiques à risques et discuter avec un travailleur social. «L’objectif, à partir de ces informations personnelles, est de pousser les gens à réfléchir à leur consommation.

Contrairement à ce que certaines critiques avançaient, il ne s’agit pas de faire croire que l’utilisation de telles substances n’est pas problématique.»

Les informations tirées de ces questionnaires sont croisées avec les analyses des produits (pureté, substances de coupe) permettant ainsi de mieux profiler le consommateur. Ces données sont ensuite partagées avec les hôpitaux, les ambulanciers, le centre toxicologique suisse et les autres associations de prévention. «À la police, nous ne transmettons que la partie concernant les composants des produits», précise Alexandre Bücheli.

Depuis 2006, en plus d’un laboratoire mobile de drug checking, Saferparty propose tous les mardis à Zurich un centre d’information et de test qui accueille une trentaine de personnes par semaine. « Ca permet d’approcher une population de consommateurs plus réguliers et moins festifs », note Alexander Bücheli. Car en plus d’être présents dans une dizaine d’événements et de soirées par an, Saferparty cherche à assurer un suivi dans la durée. «Grâce à ces tests depuis douze ans, nous avons pu déceler une baisse de 20 % de la polyconsommation (mélange de substances) et la sensibilisation des consommateurs aux risques encourus a fortement augmenté.»

Quant aux coûts, entièrement à charge de la Commune de Zurich, ils s’élèvent à 110 000 francs par an.

Comment ça marche ?

Le consommateur amène n’importe quelles drogues sous forme de pilule ou de poudre au laboratoire mobile. La dose est photographiée et numérotée. On prend le poids et le diamètre des pilules. Le chimiste découpe un quart de la pilule puis le réduit en poudre. De cette poudre, 10 milligrammes sont prélevés et mélangés avec 20 millilitres d’un liquide composé de différents solvants.

Analyse Un microlitre de cette mixture est placé dans une machine qui effectue une opération de chromatographie liquide. Objectif : séparer les différentes molécules composant le produit.

Résultats Après quatre minutes pour l’ecstasy et six minutes pour la cocaïne, les premiers résultats sont visibles. Ces résultats sont alors éclairés à la lumière ultraviolette afin de distinguer les molécules étagées dans la substance.

Verdict En moyenne, un test sur six à Zurich détecte une substance dangereuse, voire mortelle, comme des vermifuges ou des analgésiques.

Questionnaires Le consommateur doit répondre à deux questionnaires. Le premier concerne la substance analysée (provenance, date d’achat, prix, etc..); le second, les pratiques du consommateur : date de la première prise, fréquence des prises et type de produits ingérés.

10-11.08.2013
Tribune de Genève – Par Matteo Maillard

Un labo mobile pour analyser sa drogue réclamé pour la Lake Parade

 

Faire analyser sa drogue avant de la consommer, cette pratique déjà en vigueur à Zurich ne serait plus utopique à Genève. Une association demande qu’un laboratoire voie le jour.

 

Donner sa drogue à analyser à des professionnels avant de la consommer en soirée, cette pratique est autorisée à Zurich depuis 12 ans. Un laboratoire mobile permet des analyses immédiates, par exemple lors de la Street Parade.

A Genève, les milieux de la prévention saluent l’expérience et souhaiteraient faire de même pour la Lake Parade. Une demande avait déjà été refusée il y a 4 ans, mais les autorités pourraient être à nouveau amenées à se prononcer, selon une information de la RTS.

 

Olivier Jornot interpellé

En 2009, Emmanuel Ducret et son association « Nuit Blanche » avaient fait une demande pour introduire le testing à la Lake Parade au Parquet de Genève, mais celui-ci, qui était alors dirigé par Daniel Zappelli, avait dit non. Son successeur, Olivier Jornot, est désormais interpellé.

« Nous allons redéposer le dossier auprès des autorités pour qu’enfin on puisse prendre des mesures de réduction des risques concrètes, pragmatiques et qui collent aux préoccupations des consommateurs », a déclaré Emmanuel Ducret à la RTS.

Contacté, le procureur général Olivier Jornot s’est dit ouvert à la réflexion et assure qu’il répondra à toute nouvelle demande. Le conseiller d’Etat en charge de la Sécurité Pierre Maudet n’a lui pas souhaité répondre aux questions de la RTS.

 

Une substance dangereuse dans un cas sur six

« En introduisant la question du testing sur Zurich, on a vu une modification du marché avec des produits de meilleure qualité. Et quand je dis de meilleure qualité c’est pas en termes de substance, mais par rapport tous les produits annexes et de coupage qui sont eux à risque », assure Emmanuel Ducret.

Et les chiffres le confirment: en moyenne, 1 test sur 6 à Zurich détecte une substance dangereuse, voire mortelle.


L’analyse d’Yves Steiner:

Source : RTS